Yves Steiner Marie Parvex

Acte 1, Scène 2 – Yves Steiner recherche et divulgue les sources de ses collègues journalistes

La scène première a démontré les pratiques clandestines du célèbre journaliste de la Radio-Télévision Suisse, Yves Steiner. Grâce à une écoute téléphonique réalisée par la police judiciaire, obtenue par notre enquête et publiée en exclusivité sur notre site, nous révélions son activité de recel d’informations compromettantes contre la famille d’un dirigeant étranger, et sa participation secrète à une lugubre guerre de clans.

Nos révélations sur le rôle douteux (sinon illégal) de la Radio-Télévision Suisse dans le dossier du Kazakh-gate ne fait que commencer; un des actes ultérieurs de notre enquête y est entièrement consacré. Pour la scène deux de notre acte premier, nous nous penchons toutefois sur une pratique encore plus grave. En effet, et en qualité de journalistes, la protection des sources relève de la mission prioritaire; avant même celle d’informer le public.

Aucun juge, procureur, gendarme ou armée ne serait susceptible d’obtenir de notre part une telle information; a fortiori, aucun détective privé; et, à plus forte raison, si ce détective se trouve mandaté par l’objet de notre enquête.

Si, par exemple, un collaborateur de M. Steiner, ou un dirigeant de la Radio-Télévision Suisse, cherchait à connaître l’expéditeur des quelques milliers d’écoutes téléphoniques dont nous disposons, aucune somme d’argent, aucune menace, et aucune injonction ne nous ferait accéder à leur souhait.

Cette règle, la première que l’on enseigne en école de journalisme, la plus sacro-sainte aux yeux de la profession, et dont la légitimité est codifiée par le droit pénal, Yves Steiner ne la connaît pas. Ou plutôt, il décide de n’en point tenir compte.

L’écoute téléphonique que nous proposons aujourd’hui a été réalisée par la police judiciaire genevoise le 28 novembre 2013, et provient du même dossier classé. De nouveau, il s’agit d’une conversation entre Yves Steiner et son complice préféré, “Tony”, détective privé à Genève; ce dernier travaille pour le compte d’un vigneron quelconque contre lequel Yves Steiner, et par extension la Radio-Télévision Suisse, mobilise l’argent du contribuable (et qu’il trahit en exfiltrant secrètement ses données confidentielles à l’attention de son complice).

Dans cette écoute, on apprend que M. Steiner s’est engagé à découvrir et à communiquer, à Tony mais pour le compte dudit vigneron, la source d’une de ses consoeurs journalistes. Il s’agit de Marie Parvex, une investigatrice réputée et décorée, qui la première a fait état du redressement fiscal dont la société de vins faisait l’objet. A l’évidence, Tony et M. Steiner ont convenu de ne pas divulguer l’origine du renseignement, dans la mesure où la collaboration entre les deux acolytes est strictement secrète.

Si, d’ailleurs, la croisade de la RTS contre le vigneron relève de l’intérêt public, on comprend mal comment aider le vigneron à découvrir les sources d’un journaliste sert ce même intérêt. Par cette écoute, on démontre donc deux choses: le comportement éminemment anti-déontologique de M. Steiner, et le caractère parfaitement futile de son travail.

Veuillez cliquer sur les liens Youtube ou Soundcloud ci-après, ou consulter la retranscription complète de l’écoute téléphonique qui figure en-dessous.

Nous avons contacté les deux femmes dont le nom est cité, pour leur donner l’occasion de se prononcer, et éventuellement profiter de leur connaissance du contexte. La journaliste dont l’identification des sources mobilise M. Steiner a poliment décliné de s’exprimer. Quant à celle que M. Steiner croit avoir identifié comme source, avocate à Lausanne, elle conteste formellement avoir joué un quelconque rôle dans l’affaire, et qualifie les propos de M. Steiner “d'”élucubrations”; nous avons retiré son nom de la retranscription, pour éviter qu’il ne se trouve référencé par les moteurs de recherche en-ligne, parce que nous ne voulons pas tomber dans le même travers que M. Steiner, et dans la mesure où le fait de savoir si elle était véritablement une source est parfaitement secondaire en ce qui nous concerne (dans la mesure où Yves Steiner est persuadé que c’est le cas).

Nous avons aussi contacté le porte-parole de la SRG-SSR, pour lui donner l’occasion de contester notre inteprétation de l’enregistrement téléphonique, et pour lui poser certaines question que nous jugeons essentielles. Voici la correspondance que nous lui avons adressée. Sans grande surprise, et bien malheureusement, nous n’avons reçu aucune réponse de sa part; s’il devait daigner nous écrire suite à la publication de cet article, nous publierions son courrier ici-même.

Finalement, nous encourageons nos lecteurs à solliciter une réponse à ces mêmes questions de la part de cette institution publique, financée par leur travail.

UPDATE (4.10.2017): La réponse de la SSR, qui affirme ne pas être responsable de tout cela.

UPDATE2 (7.10.2017): La réponse de la RTS.

UPDATE3 (10.10.2017): Notre relance à la RTS et à la SSR.

UPDATE4 (13.10.2017). Réponse de l’AIEP.

Retranscription (annotations en bleu):

Tony: Yves!

Steiner: Salut comment tu vas?

Tony: Ca va et toi? Je suis à fond dans la paperasse là. Mais il n’y a pas de soucis. Je t’écoute.

Steiner: Ah mais alors fais des photocopies, et un classeur pour Yves! Hahahahaha.

Tony: Non, je suis en train de faire une offre, j’ai fait plein de factures ce matin, j’ai fait pour 40’000 balles de factures ce matin.

Steiner: Ah ben dis voir.

Tony: Ben oui, je …

Steiner: T’es riche toi!

Tony: Non, je ne suis pas riche, mais attends, je fais les factures, ca ne veut pas dire qu’ils m’ont payé hein. Hahaha.

Steiner: Heinheinhein … j’ai peut-être une info intéressante.

Tony: Ouais

Steiner: Ca concerne l’histoire de la fameuse taupe du Temps.

Tony: Mmh, d’accord.

Steiner: J’ai trouvé le nom d’une avocate qui est dans le dossier …

Tony: Ouais?

Steiner: Et il se trouve que l’avocate sort depuis longtemps avec un journaliste du Temps.

Tony: D’accord

Steiner: Tu vois l’histoire?

Tony: Mais c’est l’avocate de lui? Nooon, parce qu’il n’a pas d’avocate lui, là-bas.

Steiner: Non, justement, c’est une avocate qui s’est opposée à lui.

Tony: Qui s’est opposée à lui mais dans l’affaire bernoise?

Steiner: Dans l’affaire vaudoise. Et je pense qu’elle a vu des pièces concernant Berne là-dedans, parce qu’évidemment elle connaît ce dossier, ils ont accès à ça hein. Et … et c’est elle qui a dû le router là-dessus. Qui a dû router le journaliste du Temps et puis le journaliste du Temps a dit a sa collègue valaisanne, pis voila, c’est fini.

Tony: Ouais, mais … des informations aussi précises? Ah ben oui parce qu’elle a accès directement à la procédure.

Steiner: Mais disons que le milieu des avocats, ils se parlent tous, une fois, comment ils sont bavards ces gens-là.

Tony: Mais c’était l’avocate du fameux vaudois qui est complètement anéanti, c’est ça?

Steiner: Non, parce que l’avocat du fameux vaudois il s’appelle Lobbe.

Tony: Ouais, bon ça n’a rien à voir. Mais alors elle arrive …

Steiner: Elle arrive je ne sais pas par où, mais cette avocate s’est opposée au ministère public vaudois et à Giroud. Avec une autre société, probablement une société qui a facturé des trucs ou j’sais pas quoi … enfin, une histoire compliquée. Mais elle, elle s’est opposée à lui. Donc ça m’étonnerait pas, et ça j’te jure [inaudible] que sur le coin de la table à la maison, euh, “t’as vu, c’est ce mec Giroud, c’est le gars qui est sponsor du LHC”. Son copain est un fan, le journaliste c’est un fan du LHC, du Lausanne Hockey Club. Donc: “le type qui sponsorise ton équipe de merde c’est le type qui est en train de me faire chier au tribunal fédéral, et caetera, et puis en plus il est encore au cul des fédéraux”. Et à ce moment-là, elle peut parler des fédéraux, parce que ça ne la concerne pas, elle ne viole pas son secret d’affaire, mais à ce moment-là elle balance ça à son mec, en lui disant, “ben tiens, file ça à Marie Parvex, et puis elle s’occupe de ça”.

Tony: Donc, elle avait déjà accès à la procédure bernoise?

Steiner: Elle a dû être au courant, j’suis sûr, j’suis sûr, j’suis sûr, ça je le sens. Si tu veux je te donne le nom de l’avocate, moi je l’ai. Euh … elle s’appelle Miriam [—] [ndr: Yves Steiner donne ici le nom de celle qu’il pense être la source, supprimé de la retranscription].

Tony: Attends, je note juste son nom. Je vais juste le noter là. Ouais, ça peut être une piste ouais ..

Steiner: Ca peut être une piste. Miriam [—]. Ca s’écrit M-I-R-I-A-M … [ndr: Yves Steiner répète le nom complet, supprimé de la retranscription]

Tony: Ouais, attends, attends attends.

Steiner: … et puis [—] ca s’écrit [—]. [ndr: Yves Steiner répète et épelle le nom de celle qu’il pense être la source, supprimé de la retranscription]

Tony: [—]. M-Y-Myriam. [ndr: Tony épelle le nom de nouveau, supprimé de la retranscription]

Steiner: Non, Miriam ça s’écrit avec aucun Y, qu’avec des I.

Tony: Ah! Miriam [—]. Avocate, c’est ça? [ndr: nom supprimé de la retranscription]

Steiner: Avocate à Lausanne.

Tony: D’accord. Et puis elle elle sort avec un mec du Temps?

Steiner: Ouais.

Tony: Et puis ce mec du Temps il aurait pu transmettre à sa collègue, parce que l’autre elle …

Steiner: Mais oui! Ben ouais.

Tony: Elle lui fait chier. Mais tu sais pas exactement dans quoi elle s’est opposée?

Steiner: Non non, mais moi si j’étais toi je lui poserais la question, en lui disant “mais cette nana tu la connais?” Pis à ce moment-là s’il dit “ouais ouais elle s’est opposée à moi dans l’histoire machin truc”, pis j’y dis, ben tiens, “écoute figure toi qu’elle sort avec un type du Temps haaaaaa”. Donc là, à ce moment-là, il va peut-être comprendre lui le lien qui va être fait.

Tony: Ouais

Steiner: J’pense que … ça ça me semble être la piste pour l’instant, que j’ai depuis le début, qui est la …

Tony: La plus probable, ouais.

Steiner: La plus intéressante, disons. C’est, disons celle que où je vois le …

Tony: La plus vraisemblable.

Steiner: Ouais, je vois le lien. Disons je vois le lien, et, tandis que l’autre truc parce que … sinon Parvex si elle était vraiment dans le truc …

Tony: Et puis on a le Temps du … euh, on a le nom de ce journaliste?

Steiner: Le … non écoute je ne le donne pas, le nom du journaliste. Mais mais mais … écoute, je préfère pas pour l’instant. Mais mais … si ça se vérifie, je te file le nom et tout, et puis tu comprendras vite le truc. On fait comme ça?

Tony: Ca marche. Ben écoute je vais voir avec, je vais gratter un peu, et puis je te redis. J’ai toujours rien euh … j’ai accédé encore à un autre canal hier, comme je t’ai dit là, j’essaie de savoir au sein de la communauté …

Steiner: Ouais, cool.

Tony: Parce que comme c’est une affaire qui fait du bruit, donc ils doivent en parler, et puis j’ai vraiment des gens bien placés là-dedans …

Steiner: Cool

Tony: … qui peuvent me faire remonter de l’info. Donc l’autre il va avancer un peu la moulure, “ouais t’as vu, cette histoire” et tout, et puis ça va, ça va … on va voir s’il y a quelque chose qui …

Steiner: Qui ressort

Tony: … qui ressort, ouais. Je te tiens au courant, c’est …

Steiner: Hehe, ouais ben cool, on y va comme ça.

Tony: C’est on the road. Haha.

Steiner: Super!

Tony: OK

Steiner: Bonne chance dans ta paperasse et puis …

Tony: Ouais tu m’étonnes, c’est de la folie!

Steiner: Contacte ton valesco vite fait là, pour savoir si … ça serait vraiment bien …

Tony: Ca marche, je te tiens au courant.

Steiner: Tu vois il est bien Steiner! Il t’aide.

Tony: Ouais non mais j’ai jamais dit le contraire …

Steiner: Hahahaha

Tony: Il est même pas bien, il est excellent! Il est excellent! On pourrait faire une bonne équipe les deux.

Steiner: Haha arrête, arrête! Tcho! Arrête t’es con, ciao, salut.

Tony: Ciao Ciao

Steiner: Tcho Tcho